Actes du Séminaire 2026 de recherche transdisciplinaire sur les violences institutionnelles dans le monde de la recherche et de l’enseignement supérieur.
Les identifier, les reconnaître
et collectivement les prévenir et les combattre !
Organisé par un collectif national de professionnels dans l’enseignement supérieur, le séminaire du 11/06/2026 était accessible à tous gratuitement en distanciel.
Les ressources produites sont partagées sur les 2 sites suivants :
Observatoire autonome pour l’équité et l’intégrité en recherche (O₂ER)
https://violencesinstitutionnelles.fr/
@Atellan-2026

Contacts : P. Desrumaux : pascale.desrumaux@univ-lille.fr ; C. Dumat : camille.dumat@ensat.fr ;
E. Fieux : etienne.fieux@math.univ-toulouse.fr ; M. Moisseron-Baudé : mbaude@psycho-prat.fr
1-Objectifs du séminaire de recherche transdisciplinaire 2026
Bulletin officiel de l’enseignement supérieur et de la recherche :
En application de l’article L. 4121-1 du Code du travail, les chefs d’établissement et de service prendront « les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs »…..« Les chefs d’établissement prennent les dispositions nécessaires pour prévenir et traiter toutes les formes de violence, de harcèlement, de discrimination et d’agissements sexistes (VDHAS)….. « Tout fait de VDHAS sera à déclarer en tant qu’accident de service. ». Selon l’article L. 4122-1 du code du travail « Tout salarié doit, prendre soin de la santé et de la sécurité de ses collègues et autres personnes se trouvant en sa présence sur son lieu de travail…».
Le séminaire de recherche :
« Les violences institutionnelles à l’Université : les identifier, reconnaître et collectivement les prévenir et les combattre ! » s’inscrit dans la continuité du colloque de 2025 organisé par Anastasia MEIDANI professeure de l’Université Toulouse J. Jaurès, sociologue et co-responsable de l’axe de recherche interdisciplinaire : Parcours de vie et inégalités. En 2025, ce colloque international et interdisciplinaire « Violences institutionnelles & Vulnérabilités : du monde académique au monde carcéral en passant par l’univers de soins » a éclairé les violences dans diverses arènes et la dimension systémique des violences institutionnelles. Quelle que soit l’organisation de travail, des violences sont observées, liées à des enjeux de dominations qui peuvent avoir différentes origines : jalousies, discriminations, intérêts personnels qui selon certains acteurs justifieraient des compétitions déloyales basées sur de l’intimidation, du dénigrement, du harcèlement, du mobbying, de l’ostracisation, du sexisme, du racisme, etc. La figure suivante illustrait le séminaire 2025, dont le programme est disponible https://violencesinstitutionnelles.fr/
Illustration de la plaquette du colloque 2025 « Violences institutionnelles & Vulnérabilités : du monde académique au monde carcéral en passant par l’univers de soins ».
Le séminaire 2026 s’est focalisé sur le monde de la recherche et de l’enseignement supérieur caractérisé par un fort engagement, des attentes importantes, une compétition pour les moyens et les récompenses, et aussi un haut niveau de cooptation. Ont été discutées les violences structurelles qui dans les faits entrainent des inégalités et des dysfonctionnements. Faute de les prévenir et de les combattre efficacement pour protéger et réhabiliter les victimes de ces violences, les institutions invisibilisent trop souvent les dysfonctionnements. De fait, les personnes qui développent des stratégies prédatrices en retirent généralement du profit personnel et sont dédouanées. Ce fonctionnement détruit des personnes et des collectifs au service des apprenants et de la recherche. Selon les résultats de l’enquête quantitative et qualitative de recherche en sociologie, projet ACADISCRI (2024) « Dénoncer les discriminations dans l’enseignement supérieur : entre silence, révélation et signalement » soutenue par le Défenseur des Droits, des obstacles significatifs entravent les démarches de signalement à l’université.
« L’espace universitaire se caractérise par des rapports de pouvoir marqués, et par des modes de fonctionnement qui, non seulement rendent possibles des discriminations, mais pèsent également sur la capacité des individus à les dénoncer. Du côté des étudiant(e)s, une attitude fataliste prédomine, attribuable notamment à une faible connaissance de leurs droits et des dispositifs à solliciter mais également à un sentiment d’illégitimité à faire prévaloir ces droits dans le cadre universitaire, si ce n’est à un déficit de confiance dans la capacité des institutions à reconnaître et faire cesser le tort subi. Ces dynamiques se retrouvent également parmi les membres du personnel…
L’enquête met ainsi en lumière un sentiment prégnant d’impuissance chez la plupart des victimes. L’inaction de l’institution pour réguler certaines situations semble une chose courante, souvent connue des étudiants comme des membres du personnel, au moins au sein des filières où les faits ont lieu. Cette inertie (aggravée par les biais de jugements et l’omerta), contribue à l’émergence de formes de fatalisme face aux discriminations. Selon l’enquête, les (rares) signalements institutionnels effectués donnant lieu à une action des établissements, aboutissent le plus souvent à des arrangements informels et pratiques.
Alors que des sanctions disciplinaires sont prévues par la loi (mise à pied, rétrogradations, mutations, licenciements…), les mesures prises infligent une double peine aux victimes par des décisions d’éloignement, dans le cas des étudiant(e)s, les auteurs n’étant pas inquiétés pour leurs agissements.
Pire, dans certains cas, les signalements peuvent conduire à des formes de représailles contre les personnes qui ont dénoncé les faits subis. Le faible nombre de signalements des discriminations, et la très relative réponse institutionnelle induisent des effets délétères sur les victimes, et sur l’institution universitaire elle-même – voire au-delà en dégradant le climat, la santé et en encourageant de tels agissements. Elle permet en effet aux situations discriminatoires de perdurer, avec toutes les conséquences qui en découlent pour les personnes, et sur leurs trajectoires. Par ailleurs, ces situations portent atteinte à l’image des établissements universitaires, et surtout fragilisent la confiance en l’institution, tant de la part de son personnel que de ses usagers. »
Le panel de présentations de recherche et études de terrain inter/trans-disciplinaires visait à stimuler les réflexions pour d’avantage intégrer et mettre en œuvre à l’université et dans les laboratoires de recherche, les principes du Code du travail, qui stipulent que la direction et aussi chaque salarié doit veiller à la santé et à la sécurité de ses collègues et des personnes présentes sur son lieu de travail. Les doctorants engagés dans un travail de longue durée méritent une attention particulière. Les propositions se sont articulées autour de plusieurs disciplines (droit, psychologie, sociologie, gestion, santé publique, pédagogie) pour sensibiliser, former et impliquer la communauté universitaire et des laboratoires afin de promouvoir la santé au travail de tous quelque-soit son statut : EC, administratifs, techniciens, doctorant(e)s, apprenants et stagiaires… Nous avons traité un sujet où les émotions, l’engagement de longue durée, voir la passion sont très présents. L’Université est une organisation exigeante, concurrentielle et très pyramidale dans les faits : classements, catégories A, B et C, process de promotion sur concours, grande diversité des conditions de travail et des métiers au sein d’une UMR, etc.
Récemment, de nouvelles pratiques émergent très progressivement : questionnements relatifs aux conflits d’intérêt lors du processus de recrutement, formation des doctorants à l’éthique professionnelle, ou aux violences sexistes et sexuelles, etc. Dans un contexte où de nombreux travaux de recherche concluent sur la dimension cruciale de la santé globale au travail (physique et mentale) en lien avec le sens, la justice, l’éthique et l’ambiance de travail, le séminaire de recherche a constitué un lieu d’information et d’échanges collectifs et transdisciplinaires visant à inscrire nos pratiques universitaires et recherche en amélioration continue en termes de santé au travail pour éviter les violences ! La figure suivante extraite de (Dumat & Desrumaux, 2025) liste des aspects complémentaires pour travailler en intelligence collective.
Extrait de Dumat & Desrumaux (2025). Gestion du risque « environnement-santé » : pourquoi la réflexivité peut-être un défaut à l’université ? Communication au colloque Violences institutionnelles & vulnérabilités https://hal.science/hal-05205701
Les communications ont articulé concepts et pratiques, afin d’identifier les possibles synergies et les freins aux transitions sociales à l’Université. Par exemple, comment peut être mise en œuvre la protection d’un doctorant cible de harcèlement dans un laboratoire ? Comment les personnels autour de ce type de situation peuvent s’extraire des conflits d’intérêts personnels parfois consolidés pour intervenir efficacement et éthiquement dans l’intérêt de la victime ? Quels sont les conflits d’intérêts personnels qui peuvent exister à l’Université et qui désactivent les gardes fous nécessaires pour éviter et combattre les violences ? Quel est le diagnostic aujourd’hui des violences institutionnelles à partir des travaux de recherche et faits traités par la justice en France ? Quelles pistes pour réduire à la source ces violences qui ont des conséquences sanitaires, éthiques, économiques et sur la qualité du travail ?
Nous avons souhaité informer plus particulièrement les étudiants afin qu’ils aient une vision plus factuelle et complète de l’organisation du travail dans le monde de la recherche et de l’enseignement supérieur, et qu’il leur soit transmis au-delà des compétences scientifiques des repères sur les valeurs d’éthique. De facto, l’ensemble de la communauté des usagers est concerné par les transitions sociales et les changements dans le monde de la recherche et de l’enseignement supérieur, tant enseignants-chercheurs, chercheurs, techniciens que personnels administratifs et quel que soit le statut (CDD, fonctionnaire…).
Ce travail innovant d’analyse scientifique des pratiques universitaires et de recherche, est un prérequis pour favoriser des transformations des dynamiques institutionnelles vers une ambiance de travail plus sereine, juste et pro-santé nécessaire au travail de tous les usagers. Traiter ce sujet de recherche en transdisciplinarité avec une approche synergique multicritère et intersectionnelle (le concept d’intersectionnalité a été développé par la juriste et professeure américaine spécialisée sur les questions raciales et de genre, Kimberlé Crenshaw (1989)) permet de proposer des pistes pragmatiques pour accompagner les politiques publiques de santé au travail dans l’ESR.
L’intersectionnalité décrit la manière dont différentes formes de discrimination ne sont pas des phénomènes isolés, mais se combinent et se renforcent lorsqu’elles concernent une même personne. Par exemple, un groupe d’hommes masculinistes qui imposent leur vision du monde dans une organisation de travail peuvent clamer qu’ils soutiennent les femmes dans le sens des femmes jeunes et/ou très dociles, mais attaquer violemment et systématiquement des femmes proactives et autonomes qui souhaitent développer des projets au service du collectif au lieu de s’inscrire dans un fonctionnement clanique.
Notre objectif est de partager à la fois les concepts de recherche, retours d’expériences, et de formuler également des questions en suspens pour les porter à discussion. La réglementation actuelle et sa mise en application à l’Université et dans le monde de la recherche ont en effet montré des limites entrainant des dysfonctionnements de longue durée : harcèlements, VSS, ostracisation, profits importants pour des personnes qui utilisent les violences comme mode de fonctionnement normalisé, etc. Il apparait donc indispensable de mobiliser des compétences pluridisciplinaires (management, psychologie, économie, juridique, etc.) et cibler des moyens pour enrayer les phénomènes d’emprise. Ce séminaire de recherche participe au travail efficient de tous, mobilise l’intelligence collective pour accroitre la qualité en formation et recherche.
2-Les communications présentées le 11 juin 2026
Vingt réunions de travail entre 2025 et 2026 ont été réalisées avec la volonté de produire et partager des ressources pendant et après le séminaire, par les actes sur HAL et sur les sites L’Observatoire autonome pour l’équité et l’intégrité en recherche (O₂ER)
https://violencesinstitutionnelles.fr/2025/02/13/bonjour-tout-le-monde/
Organisé par un collectif national de professionnels dans l’enseignement supérieur, le séminaire du 11/06/2026 [9h à 17h] était accessible à tous gratuitement en distanciel. Les modalités éthiques et déontologiques étaient les suivantes : neutralité, respect de la loi, non usage de l’IA, confidentialité des témoignages.
L’ensemble des communications présentées le 11 juin 2026 sont listées dans le tableau suivant et sont accessibles en ligne :
Observatoire autonome pour l’équité et l’intégrité en recherche (O₂ER)
https://violencesinstitutionnelles.fr/

